Les hormones polarisent désormais tous les fantasmes de transformation qui courent dans nos sociétés. Aux personnes âgées, elles promettent la jeunesse et tous ses avantages: la force, la santé, l'énergie, la vigueur sexuelle. Aux plus jeunes, elles offrent les bienfaits d'une vie saine et sportive, sans les sacrifices. Qui ne serait pas tenté? L'enthousiasme qu'elles suscitent rappelle à sa manière celui pour les drogues au siècle passé. Il a fallu des années en effet, pour s'apercevoir que la sensation de félicité que procurait l'opium ou la cocaïne n'était pas sans dangers. Ici aussi, il faudra sans doute déchanter, dans quelques années, lorsque les organismes gavés d'hormones présenteront l'addition. Qu'est-ce qui nous permet d'en être si sûr? Rien, sinon un simple constat. L'homme moderne est le fruit d'une évolution de trois millions d'années. Au cours de cette période, notre espèce a survécu à tout ce qui a coûté la disparition des autres hominidés. On risque gros à vouloir transformer ce qui a mis si longtemps à se construire. Alors, bien entendu, c'est le propre de la médecine que de vouloir détourner le cours naturel des choses. Mais, ici, il ne s'agit pas de soigner un organisme malade, mais d'élever artificiellement son niveau de performance. Ce faisant, on se moque des mécanismes infiniment précis de régulation organique, et surtout on oublie qu'il existe d'autres moyens pour relancer sa production endocrine.
Auteur : Christian Daulouède Docteur
Magazine : Sport et vie n° 12 HS Page : 63-68
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